{"id":16,"date":"2017-02-28T14:16:21","date_gmt":"2017-02-28T13:16:21","guid":{"rendered":"http:\/\/sites.univ-tln.fr\/theorie-complot\/?page_id=16"},"modified":"2017-02-28T14:16:28","modified_gmt":"2017-02-28T13:16:28","slug":"presentation","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/sites.univ-tln.fr\/theorie-complot\/","title":{"rendered":"Pr\u00e9sentation"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong>LA THEORIE DU COMPLOT DANS LES ROMANS D\u2019UMBERTO ECO <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>OU LE MIROIR DU NIHILISME CONTEMPORAIN<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Toulon (La Garde), 11-12 mai 2017<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le motif du complot est un invariant de l\u2019intrigue de presque tous les romans d\u2019Eco et peut repr\u00e9senter une voie d\u2019acc\u00e8s privil\u00e9gi\u00e9e \u00e0 la compr\u00e9hension de son \u0153uvre narrative. On peut sans difficult\u00e9 y ramener la plupart des n\u0153uds th\u00e9matiques autour desquels s\u2019articulent ses romans. Qu\u2019il s\u2019agisse de mettre l\u2019accent sur la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de l\u2019homme face aux pouvoirs de la fiction, ou de d\u00e9noncer la profanation de l\u2019Histoire (c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une m\u00e9moire sociale partag\u00e9e), ou encore de d\u00e9plorer la tendance presque pathologique \u00e0 vouloir donner un sens \u00e0 toute chose (quitte \u00e0 violer les r\u00e8gles qui pr\u00e9sident \u00e0 l\u2019attribution de significations rationnelles et socialement compr\u00e9hensibles), le facteur d\u00e9clenchant de tous ces \u00ab&nbsp;court-circuits&nbsp;\u00bb de la vie symbolique est toujours le m\u00eame&nbsp;: l\u2019emprise du complot sur l\u2019imaginaire humain. Tous les personnages d\u2019Eco vivent dans un monde satur\u00e9 de complots&nbsp;: certains s\u2019appliquent \u00e0 les d\u00e9chiffrer, d\u2019autres participent \u00e0 leur \u00e9laboration, presque personne ne peut \u00e9viter de tomber dans les mailles de leur filet. Mais c\u2019est justement parce qu\u2019ils sont les otages d\u2019une mentalit\u00e9 conspirationniste qui les rend enclins \u00e0 douter de tout et \u00e0 reconna\u00eetre l\u2019ombre d\u2019un complot derri\u00e8re toute chose, que les personnages d\u2019Eco peuvent polariser autour de leur drame personnel le malaise existentiel de beaucoup de lecteurs contemporains, eux aussi prisonniers d\u2019un monde de plus en plus r\u00e9gi par des m\u00e9canismes d\u2019autor\u00e9gulation \u00e9conomique (Cf. C. Preve 2014 et J.-C. Mich\u00e9a 2007) et n\u2019ayant donc plus besoin de fonder sa l\u00e9gitimit\u00e9 sur des <em>valeurs symboliques<\/em> (d\u2019ordre \u00e9thique, politique, philosophique et religieux) auxquelles les soci\u00e9t\u00e9s pr\u00e9c\u00e9dentes faisaient encore appel pour <em>donner un sens<\/em> \u00e0 leur mod\u00e8le d\u2019organisation politique (il est clair que Max Weber ne pourrait jamais \u00e9crire, aujourd\u2019hui, un livre comme <em>L\u2019Ethique protestante et l\u2019esprit du capitalisme<\/em>, car ce qui fait d\u00e9faut au capitalisme actuel est justement la possession d\u2019une \u00e9thique). Le complot est donc, dans les romans d\u2019Eco, le sympt\u00f4me d\u2019une crise sans pr\u00e9c\u00e9dent du mod\u00e8le de vie h\u00e9rit\u00e9 de l\u2019humanisme traditionnel&nbsp;: un mod\u00e8le fond\u00e9 sur la <em>justification symbolique<\/em> (\u00e9thique, politique, philosophique, religieuse&#8230;) des comportements sociaux, l\u00e0 o\u00f9 les comportements d\u2019aujourd\u2019hui ne se justifient que par rapport aux besoins qu\u2019ils cherchent \u00e0 satisfaire. Le corollaire de ce <em>processus de d\u00e9symbolisation<\/em> de la vie humaine est paradoxal&nbsp;: l\u2019homme ne perd pas la capacit\u00e9 de donner un sens aux choses, mais les significations qu\u2019il continue d\u2019\u00e9laborer par une sorte d\u2019inertie culturelle, au lieu d\u2019\u00e9clairer sa vie, finissent par rompre le consensus qui s\u2019\u00e9tait cr\u00e9\u00e9 autour de certaines constellations s\u00e9mantiques (l\u2019histoire, la r\u00e9alit\u00e9 et l\u2019imaginaire) qui fonctionnaient, autrefois, comme boussole de la vie humaine. La crise des valeurs traditionnelles, la perte inexorable de points de rep\u00e8re communs sont la cons\u00e9quence de cette prolif\u00e9ration aveugle et aberrante du sens en dehors de toute encyclop\u00e9die partag\u00e9e. C\u2019est en regard de ces <em>effets nihilistes<\/em> qu\u2019il nous semble int\u00e9ressant d\u2019\u00e9tudier le traitement r\u00e9serv\u00e9 par Eco au th\u00e8me du complot.<\/p>\n<p>Il s\u2019agira, plus particuli\u00e8rement, de mesurer l\u2019impact des processus de d\u00e9sagr\u00e9gation\/recomposition de la vie symbolique par rapport \u00e0 trois <em>univers de sens<\/em> qui, justement \u00e0 cause de l\u2019imaginaire conspirationniste, n\u2019arrivent pas \u00e0 se solidifier, dans les romans d\u2019Eco, dans des formes canoniques facilement reconnaissables&nbsp;:<\/p>\n<ul>\n<li>l\u2019<strong>univers de la fiction,<\/strong><\/li>\n<li>l\u2019<strong>univers de l\u2019Histoire <\/strong><\/li>\n<li>l\u2019<strong>univers de la r\u00e9alit\u00e9 <\/strong>(envisag\u00e9e comme l\u2019ensemble des choses connaissables auxquelles peut \u00eatre attribu\u00e9 un sens socialement partag\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire compatible avec les principes \u00e9pist\u00e9mologiques qui d\u00e9finissent la perception sociale de ce qui est r\u00e9el et de ce qui est imaginaire).<\/li>\n<\/ul>\n<p>C\u2019est autour de l\u2019une de ces trois id\u00e9es principales que les communications du colloque devront s\u2019organiser.<\/p>\n<p><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p><strong>Approfondissement<\/strong><\/p>\n<p><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>Le choix de faire du complot la toile de fond de tous ses romans n\u2019est s\u00fbrement pas accidentel chez Eco. Historiquement, le complot a \u00e9t\u00e9 la cause des d\u00e9g\u00e9n\u00e9rations totalitaires des d\u00e9mocraties modernes, n\u00e9es de la R\u00e9volution fran\u00e7aise. C\u2019est en accusant les repr\u00e9sentants de l\u2019ordre monarchique ainsi que leurs sympathisants de comploter contre la cause de la R\u00e9volution que les chefs jacobins d\u00e9cha\u00een\u00e8rent les violences de la p\u00e9riode dite de la Terreur. Et c\u2019est dans des formes analogues que Hitler, Staline et Mussolini consolideront leur pouvoir&nbsp;: le pr\u00e9texte qui d\u00e9cha\u00eenera leurs repr\u00e9sailles contre les \u00ab&nbsp;ennemis du peuple&nbsp;\u00bb sera toujours l\u2019accusation, port\u00e9e contre certains sujets, de conspirer contre l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral de la soci\u00e9t\u00e9. Il est alors parfaitement compr\u00e9hensible que Furet ait reconnu dans l\u2019id\u00e9e du complot et dans l\u2019id\u00e9e de r\u00e9volution les deux faces ins\u00e9parables de l\u2019\u00ab&nbsp;imaginaire d\u00e9mocratique du pouvoir&nbsp;\u00bb (F. Furet 1978: 79). L\u2019institutionnalisation dans la conscience historique de l\u2019homme contemporain d\u2019un lien de cause-effet entre croyances conspirationnistes d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et tournants totalitaires de l\u2019autre, permet aux d\u00e9fenseurs des d\u00e9mocraties lib\u00e9rales actuelles d\u2019agiter l\u2019\u00e9pouvantail du complot pour exorciser toute tentative de contestation susceptible de miner la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019une gestion purement \u00e9conomique (apolitique et asymbolique) des soci\u00e9t\u00e9s humaines. Il suffit de d\u00e9classer au rang de conspirateurs tous ceux qui osent critiquer l\u2019ordre en place pour faire planer sur leurs revendications l\u2019ombre d\u2019une complicit\u00e9 infamante avec des id\u00e9ologies que l\u2019humanit\u00e9 a, dans le pass\u00e9, d\u00e9j\u00e0 r\u00e9pudi\u00e9es, mais que les repr\u00e9sentants de la pens\u00e9e conspirationniste contemporaine tenteraient secr\u00e8tement de restaurer (Cf. La critique de P.-A. Tagui\u00ebff aux th\u00e9ories du complot).<\/p>\n<p>M\u00eame dans l\u2019\u0153uvre narrative d\u2019Eco les croyances conspirationnistes sont pr\u00e9sent\u00e9es comme des excroissances tardives d\u2019une pens\u00e9e obscurantiste et \u00e9sot\u00e9rique (<em>Le Pendule de Foucault<\/em>), ou comme l\u2019instrument \u00e0 travers lequel se reproduisent des id\u00e9ologies ex\u00e9crables (l\u2019antis\u00e9mitisme: <em>Le Cimeti\u00e8re de Prague<\/em>, le fascisme: <em>Num\u00e9ro z\u00e9ro<\/em>), ou encore comme le sympt\u00f4me d\u2019un large \u00e9ventail de pathologies sociales&nbsp;: mythomanie (<em>Baudolino<\/em>), misanthropie (<em>Le Cimeti\u00e8re de Prague<\/em>), masochisme (<em>Le Pendule de Foucault<\/em>). Mais, par rapport \u00e0 d\u2019autres thurif\u00e9raires du monde contemporain, Eco semble vouloir stigmatiser la pens\u00e9e conspirationniste pour des mobiles plus ambigus&nbsp;: et quand on se demande, \u00e0 la lecture de ses romans, au nom de quelles valeurs communes il faudrait refuser les distorsions que la mentalit\u00e9 conspirationniste fait subir au patrimoine de symboles sur lequel la soci\u00e9t\u00e9 fonde sa coh\u00e9sion spirituelle, les r\u00e9ponses que l\u2019on peut trouver sont extr\u00eamement probl\u00e9matiques.&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Fiction: <\/strong>Eco a reconnu \u00e0 la litt\u00e9rature un statut ontologique \u00e0 part, par rapport \u00e0 celui des choses qui peuvent exister, en tant qu\u2019entit\u00e9s imaginaires, uniquement \u00e0 travers la m\u00e9diation d\u2019un acte s\u00e9miotique (l\u2019\u00e9criture ou la lecture d\u2019une histoire). Certes, je ne peux conna\u00eetre Madame Bovary ou le petit Chaperon rouge que si quelqu\u2019un me raconte leur histoire (ou que je lis directement le livre qui renferme leurs histoires). Mais, remarque Eco, \u00ab&nbsp;il arrive \u00e0 certains personnages litt\u00e9raires \u2013 pas \u00e0 tous \u2013 de sortir du texte o\u00f9 ils sont n\u00e9s pour migrer dans une zone de l\u2019univers difficile \u00e0 d\u00e9limiter&nbsp;\u00bb (<em>De la litt\u00e9rature<\/em>). Les personnages en question acqui\u00e8rent alors un statut ontologique de quasi autonomie, en acc\u00e9dant \u00e0 un mode d\u2019existence qui semble correspondre davantage \u00e0 celui d\u2019un \u00eatre r\u00e9el qu\u2019\u00e0 celui d\u2019un \u00eatre imaginaire. Comment s\u2019\u00e9tonner alors si, dans ses romans, un menteur comme Baudolino finit par croire aux reconstructions \u00e9toff\u00e9es de mensonges de sa propre vie et de l\u2019histoire de son temps? Comment s\u2019\u00e9tonner si un personnage du <em>Pendule de Foucault<\/em> pr\u00e9tend \u00eatre la r\u00e9incarnation du l\u00e9gendaire Comte de Saint-Germain&nbsp;? Comment s\u2019\u00e9tonner si Roberto de la Grive se persuade de pouvoir r\u00e9\u00e9crire, avec la seule force de l\u2019imaginaire, le cours entier de l\u2019Histoire sacr\u00e9e (<em>L\u2019\u00cele du jour d\u2019avant<\/em>)&nbsp;? Au nom de quelle id\u00e9e de fiction peut alors \u00eatre censur\u00e9e l\u2019attitude mentale de ceux qui d\u00e9chiffrent le monde \u00e0 travers le filtre des romans de Sue, Dumas et Balzac et qui, de ce fait, sont enclins \u00e0 voir partout des complots&nbsp;?<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Histoire<\/strong>: Eco, nous l\u2019avons dit, condamne les r\u00e9\u00e9critures conspirationnistes de l\u2019Histoire au nom de la pr\u00e9servation d\u2019une m\u00e9moire sociale partag\u00e9e. On peut r\u00e9\u00e9crire l\u2019Histoire par jeu (<em>Le pendule de Foucault<\/em>), par penchant pour le mensonge (<em>Baudolino<\/em>), par cynisme (<em>Le Cimeti\u00e8re de Prague<\/em>), mais il ne faudrait jamais confondre ces libres r\u00e9\u00e9critures de l\u2019Histoire avec la version historique officielle. Et pourtant, cette m\u00eame version officielle est pr\u00e9sent\u00e9e, dans ses romans, comme extr\u00eamement incertaine et douteuse&nbsp;: l\u2019historien, lisons-nous dans le roman <em>Baudolino<\/em>, s\u2019appuie sur des \u00ab&nbsp;fragments de faits, des lambeaux d\u2019\u00e9v\u00e9nements&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire sur des traces laiss\u00e9es par une r\u00e9alit\u00e9 qui, maintenant, n\u2019est plus et que l\u2019historien doit reconstruire <em>a posteriori<\/em>, si possible sans la falsifier. Mais comment y arriver, si, pour pouvoir \u00eatre accept\u00e9e, sa reconstruction doit \u00eatre pr\u00e9alablement \u201cinform\u00e9e d\u2019un dessein providentiel\u201d&nbsp;? (<em>Baudolino<\/em>). Les histoires qui ont instill\u00e9 des doses massives de mensonges dans la pens\u00e9e occidentale (le r\u00e8gne du mythique Pr\u00eatre Jean, la Donation de Constantin, la confr\u00e9rie des Rose-Croix, la th\u00e9orie de la Glace Cosmique, etc.) n\u2019avaient-elles pas la qualit\u00e9 d\u2019\u00eatre \u00ab&nbsp;narrativement vraisemblables&nbsp;\u00bb&nbsp;? Et n\u2019est-ce pas pour cela (et non pas parce qu\u2019elles \u00e9taient fond\u00e9es sur des preuves irr\u00e9futables) qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 accept\u00e9es&nbsp;? Comment l\u2019histoire des Rois mages aurait-elle, autrement, \u00e9t\u00e9 tenue pour vraie&nbsp;? \u00ab&nbsp;Mathieu, \u00e9crit Eco, leur a consacr\u00e9 deux versets, sans dire ni comment ils se nommaient, ni combien ils \u00e9taient, ni qu\u2019ils \u00e9taient rois, et tout le reste n\u2019est que rumeurs et traditions. Et pourtant, pour les gens, ils sont vrais&#8230;&nbsp;\u00bb (<em>Le Cimeti\u00e8re de Prague<\/em>). A la lumi\u00e8re de ces consid\u00e9rations, est-il encore possible de dire que les r\u00e9\u00e9critures conspirationnistes de l\u2019Histoire sont vraiment \u00e9trang\u00e8res \u00e0 l\u2019historiographie officielle&nbsp;?<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li><strong>R\u00e9alit\u00e9: <\/strong>La pens\u00e9e rationnelle se fonde sur une s\u00e9rie de principes, dont le plus important est, selon Eco, celui qui d\u00e9finit les conditions sous lesquelles les choses peuvent devenir objet de connaissance&nbsp;: il existe des choses qui peuvent \u00eatre, certes, nomm\u00e9es, mais auxquelles il n\u2019est pas possible d\u2019attribuer un sens socialement partag\u00e9. Or, sous l\u2019influence de l\u2019imaginaire conspirationniste, certains courants de pens\u00e9e pr\u00e9tendent conna\u00eetre l\u2019inconnaissable&nbsp;: l\u2019\u00e9sot\u00e9risme, l\u2019animisme, la magie. Eco les consid\u00e8re comme des excroissances \u00e9trang\u00e8res \u00e0 la pens\u00e9e rationnelle, car elles nient le vide (<em>nequaquam vacuum<\/em>) et s\u2019obstinent \u00e0 vouloir remplir de sens tous les interstices de l\u2019\u00catre. Or, la reconnaissance de l\u2019impossibilit\u00e9 de conna\u00eetre certaines choses est-elle vraiment l\u2019affaire de toute la pens\u00e9e rationnelle&nbsp;? Peut-on vraiment faire de l\u2019empirisme, qui proclame effectivement l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019une connaissance non-empirique des choses, le mod\u00e8le de toute la pens\u00e9e rationnelle&nbsp;? Ne s\u2019agit-il pas d\u2019une apologie d\u2019inspiration positiviste du caract\u00e8re \u00ab&nbsp;non-\u00e9valuable&nbsp;\u00bb (<em>Wertfreiheit<\/em>) de nos connaissances scientifiques&nbsp;? D\u2019une capitulation \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie mat\u00e9rialiste sur laquelle se fonde la supr\u00e9matie de l\u2019\u00e9conomie sur le mode de vie des soci\u00e9t\u00e9s actuelles&nbsp;?<\/li>\n<\/ul>\n<p>On a l\u2019impression, en lisant Eco, que la seule barri\u00e8re que l\u2019homme contemporain &#8211; priv\u00e9 de la capacit\u00e9 d\u2019avoir des croyances stables par un nihilisme de plus en plus g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 &#8211; puisse d\u00e9sormais opposer aux sp\u00e9culations de la pens\u00e9e conspirationniste est une vague adh\u00e9sion aux valeurs accept\u00e9es par le plus grand nombre (sans que, pourtant, plus personne ne sache pourquoi certaines valeurs ont \u00e9t\u00e9 institu\u00e9es, pourquoi elles ont un sens plut\u00f4t qu\u2019un autre, etc.). Le bastion des valeurs dominantes ne peut donc \u00eatre que l\u2019<em>habitude<\/em>, notion qu\u2019Eco, dans le sillage de Peirce, identifie comme la limite (<em>peras, katekon<\/em>) \u00e0 opposer \u00e0 la <em>s\u00e9miosis illimit\u00e9e <\/em>(<em>apeiron<\/em>) et donc comme l\u2019unique matrice des seules significations l\u00e9gitimes qui peuvent circuler dans une soci\u00e9t\u00e9 (<em>Lector in fabula, Les limites de l\u2019interpr\u00e9tation<\/em>). Mais comment pourrions-nous donner un sens aux choses en nous appuyant uniquement sur l\u2019<em>habitude<\/em>, si nous vivons dans un monde qui est r\u00e9gi par des cycles de destruction\/reconstruction des habitudes sociales consolid\u00e9es, afin de seconder les automatismes d\u2019un march\u00e9 en renouvellement perp\u00e9tuel&nbsp;? Ne risquons-nous pas de seconder ainsi la logique qui pr\u00e9side au fonctionnement d\u2019un monde autor\u00e9gul\u00e9 par des r\u00e9flexes \u00e9conomiques qui n\u2019a plus besoin de fonder sa l\u00e9gitimit\u00e9 sociale sur aucune valeur symbolique&nbsp;?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LA THEORIE DU COMPLOT DANS LES ROMANS D\u2019UMBERTO ECO OU LE MIROIR DU NIHILISME CONTEMPORAIN Toulon (La Garde), 11-12 mai 2017 &nbsp; Le motif du complot est un invariant de l\u2019intrigue de presque tous les romans d\u2019Eco et peut repr\u00e9senter une voie d\u2019acc\u00e8s privil\u00e9gi\u00e9e \u00e0 la compr\u00e9hension de son \u0153uvre narrative. 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